
S’il est des certitudes dans le monde du Jeu Vidéo, d’aucuns pensaient que la politique d’édition du géant japonais Capcom en faisait partie. Avec sa production centrée sur les suites (de suites de suites…), et la transformation de jeux lambda en séries phares puis en licences exploitées jusqu’à la moelle (goodies inclus), et sa logique d’entreprise prônant des exclusivités assez rare ou le cas échéant temporaires et inconditionnellement réservées à des plateformes nationales (Code Veronica sur Dreamcast, Resident Evil 0 sur Game Cube, Devil May Cry sur PS2…), la politique de ce vieux de la vieille du jeu d’arcade entretenue de manière entêtée depuis plus d’une décennie ne semblait pas disposée à évoluer sauf changement radical dans le cercle plutôt fermé du loisir numérique. Et le changement en question pourrait bien être le lancement de la 360 et les billets verts d’oncle Billou !
En effet les récentes sorties de Dead Rising et Lost Planet, deux nouveautés exclusives Xbox 360 semblent déroger à toutes les règles établies, alors politique prononcée d’ouverture au marché américain ou simple coup d’esbroufe avant application du schéma maison (transformation en suite, puis exclus consoles jap) ? L’avenir nous le dira, en attendant décortiquons un peu Lost Planet, arme de destruction massive de Capcom à l’intention des marchés américains et Européens et ce malgré son héritage japonais plus que prononcé.

Sorti quelques mois après le fantasmatique Gears of War, Lost Planet se veut la réponse japonaise au mastodonte américain ; même esprit de campagne solo forte étayée d’un mode multi correct, même type de shoot à la troisième personne, mêmes inspirations scénaristiques de SF catastrophe à base de monde menacé par de belliqueux aliens, il apparaît en effet tentant de comparer les deux productions. Pourtant il ne suffit que de quelques minutes de jeu pour comprendre que les deux titres ne jouent pas du tout dans la même catégorie et l’un comme l’autre ont des arguments de poids pour faire du jeu d’action à la troisième personne un genre phare de la xbox 360.
Après l’écran, titre, la création d’un profil et un temps de chargement inopiné on entre tout de suite dans le vif du sujet avec une séquence d’action chargée d’introduire le contexte, quelques morts et coups de feu plus tard, une cinématique expose les principaux protagonistes y compris la planète. On repère alors que chaque personnage y compris le héros est doté d’un background sérieux et dès les premiers dialogues on sent les secrets et tensions entre les différents protagonistes, on est bien loin de l’action brutale et immédiate d’un GoW…

Les personnages d’ailleurs n’ont rien des brutes épaisses américaines à la mode et ont plutôt un look asiatique assez incongru dans ce style de jeu, le héros par exemple a le visage d’une star du cinéma coréen, Lee Byung-Hun lequel surjouant son rôle de soldat de la liberté amnésique et orphelin (bigre !). Pour appâter ces gros bourrins d’européens, les développeurs ont jugé bon d’introduire une fille un brin cruche mais au décolleté prononcé (sur une planète de glace ?!), boarf on leur pardonne pour cette fois…
De même dans son déroulement le jeu n’a vraiment rien en commun avec le shoot d’Epic, beaucoup plus classique dans sa maniabilité et dans son gameplay inspirés des jeux d’arcades japonais d’antan, Lost Planet bien qu’assez lent lorgne vers l’action et le fun immédiats.
On progresse de manière continue et immuable dans des niveaux-couloirs plus ou moins enneigés et gardés par des groupements de pirates des glaces ou d’Akrid, les extraterrestres locaux au look insectoïde largement pompé sur Starship Troopers. Entre chaque vagues d’ennemis on récupère armes, bonus et munitions, à la moitié du niveau on doit faire face à un semi boss, puis à la fin de chaque niveau un big boss exécutant une routine à peu près aussi complexe que le fonctionnement d’un presse patate Seb et dont le point faible apparaît en orange vif.

A la fin de la mission un rapide écran de stats vous encourage à recommencer la mission puis une cinématique bateau vous introduit vers la mission suivante tout en essayant de faire progresser l’intrigue et ainsi de suite jusqu’à la fin du jeu soit moins de huit heures après avoir lancé la galette pour la première fois…
Toujours dans l’esprit arcade, ici point de grandes innovations ou de renouveau du côté de la maniabilité : on avance, on tire, on recharge, seul le grappin dénote un poil de fantaisie dans une prise en main qui de fait ne pose aucun problème. En lieu et place du chrono incitant le joueur à se dépêcher se trouve une jauge d’énergie décroissant continuellement et ne pouvant être maintenue qu’en récupérant les cristaux oranges échappés des corps de vos victimes. Pas moyen de flâner dans les décors donc et d’après Capcom pas moyen de constater la pauvreté du Level Design, c’était bien tenté mais bon, non quoi ! Seuls certaines phases de pseudo plateforme tirant parti du grappin (du reste assez inutile sur le long terme) viennent rompre la monotonie des phases de shoot pur et dur.

Evidemment dans les armes non plus rien de franchement folichon ne vient relever la sauce et l’on assiste à un défilé des vieux de la vieille avec les éternels fusils d’assaut, fusil à pompe, grenades de différents types, lance Michels, gatlings etc. Apparemment dans le futur on n’a rien trouvé de neuf pour trouer les aliens…
Un soupçon de frisson se fait sentir lorsqu’on peut utiliser un mecha, mais tel le soufflé raté de tonton Miyamoto, l’excitation retombe très vite et l’on se rend compte que le mecha n’apporte qu’une puissance de feu et un blindage supérieur, dommage, l’occasion était pourtant belle de rompre la (trop) grande linéarité du jeu.
On se console comme on peut et on se tourne du côté du multi joueur annoncé comme bien plus fantasque et attractif que la plupart des jeux actuels de par ses vastes zones de combat et la présence de mechs, il souffre pourtant des mêmes défauts que le mode solo, à savoir un gameplay un peu mou, des modes de jeu archi classiques et un sentiment de déjà-vu omniprésent. Le comportement global des joueurs n’aide pas franchement au bon déroulement des opérations car en général il ne faut pas plus de quelques minutes de jeu pour que l’une des deux équipes n’arrive à s’emparer des mechs et se contente de pilonner la zone de spawn des malheureux perdants. Enfin en guise de coup de grâce pour les rares survivants toujours motivés par le multi de Lost Planet, sachez que les skins disponibles sont juste gerbatives… Enfin et contrairement à GoW, il est strictement impossible de jouer l’aventure principale en, coopération et ce que ce soit en split screen, en lan ou sur le live, quel gâchi ça aurait pu motiver le joueur lambda à replonger dans une histoire qu’il n’est pas près de faire deux fois…
Techniquement pourtant le jeu arrive à marquer quelques points avec son utilisation intelligente du blur, ses animations bien décomposées, ses effets de flamme et d’explosion absolument superbes et sa logique HD et sonore de qualité. Nul doute que le jeu se présente comme un fer de lance de la puissance de la 360 et réussit grâce à son univers propre à ne pas trop souffrir de la comparaison avec le sidérant GoW. Mais ici plus que jamais il semble qu’un bon moteur graphique ne fait pas un bon jeu…