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Gray Matter

Console : PC
Éditeur : DTP Entertainment AG
Développeur : NC
Date de sortie : 09 décembre 2010
Multijoueurs : non
Public : 12 ans et +

Note des membres
2 votes (4.75 / 5)
Posté le Lundi 11 Avril 2011 par YAZORIUS
Le silence après un chef d'oeuvre est toujours un grand moment d'attente. Et plus l'attente se prolonge, et plus l'exigence des consommateurs est élevée. C'est ce qui a détruit bon nombre de suites qui, sans être de vrais bijoux, ne méritaient pas un lynchage excessif ... Pour Gray Matter, ce jeu ne propose aucune suite d'ouvrage précédemment sorti, il est vrai. En effet, tant les personnages, l'histoire, que les lieux sont nouveaux. Mais une ombre créatrice, Jane Jensen, plante entièrement sur l'ouvrage (histoire générale, création des personnages, ...). Or cette femme est loin d'être inconnue dans l'univers du Jeu Vidéo : s'étant illustrée dans plusieurs sagas éditées chez Sierra, elle a tout particulièrement laissé son empreinte indélébile dans le monde du jeu vidéo par la série des Gabriel Knight, le troisième opus atteignant des sommets de subtilité que bien peu de jeux ont connu depuis. Les joueurs, impatients de voir naître un nouvel opus de Gabriel Knight, ont dû donc se satisfaire d'un retour de cette créatrice au travers d'une histoire toute nouvelle, ce qui en a déçu plus d'un. Alors disons le une bonne fois pour toute, Gray Matter, c'est Gray Matter, Gabriel Knight, c'est Gabriel Knight : la comparaison ne se fait pas entre ces ouvrages, ils sont totalement indépendants et doivent donc être appréciés distinctement.

Samantha Everett, une jeune globe-trotter étudiante en lettres en destination de Londres, se perd en chemin. Sa moto rend soudain l'âme alors que le vent la fait se diriger au mauvais endroit. Seule, dans la nuit, sous la pluie, elle tombe face à une grande demeure où une jeune femme sonne à la porte devant elle. Mais effrayée par quelque chose d'étrange, elle part soudainement, laissant Samantha profiter de l'occasion pour se faire passer pour cette dernière : la nouvelle assistante d'un certain David Styles. L'imposture lui permet de mettre sa moto à l'abri, de trouver un toît pour elle-même et son lapin "Houdini", et de profiter d'un accueil chaleureux et d'un bon repas. Mais contre toute attente, les liens se tissent entre elle, la cuisinière et le docteur au demeurant profondément antipathique. Le mystère enveloppe la demeure "Dread Hill" et cet homme qui seul : Samantha ne peut résister à venir en aide à David Styles, et à en apprendre plus sur ses expériences étranges et le tragique accident qui lui a fait perdre sa femme qu'il adorait par dessus tout. Sur des thématiques telles que l'amour perdu, la prestidigitation, la science, le surnaturel et les sociétés secrètes, Gray Matter envoûte le joueur qui incarne à tour de rôle Samantha Everett et David Styles au travers de 8 chapitres de durée très variable.

Ainsi, Samantha intègre le petit cocon protecteur du neurologue David Styles qui s'est isolé depuis la mort de sa femme. Tourmenté par des images et sensations trahissant une présence fantomatique dans sa demeure, il ne peut laisser partir le souvenir de sa femme et creuse davantage dans l'inconscient pour y trouver des réponses. N'étant jamais sorti de sa maison depuis de nombreuses années, ce personnage force le joueur à demeurer dans peu de lieux différents, et à se concentrer sur la partie "scientifique" de l'enquête. Au contraire, en incarnant Samantha, le joueur peut se rendre dans de nombreux endroits et discuter avec de nombreux personnages (plus d'une cinquantaine différents), menant l'enquête de front d'une façon plus humaine et démagogique. Ces deux aspects d'enquêteur permettent de vivre l'aventure d'une façon complète, comme on a déjà eu l'occasion de le rencontrer dans les ouvrages précédents de Jane Jensen : une complémentarité homme/femme qui donne une profondeur d'immersion inégalable. Il ne s'agit pas, en revanche, d'un couple à proprement parler, le docteur David Style étant profondément obnubilé par sa défunte femme et ne remarquant Samantha que par son agaçante absence ou son lapin féru d'évasion.

Gray Matter est un jeu où l'ambiance et le scénario vont de paire : ici, point d'énigmes/puzzles/casses-têtes austères et mal venus. Chaque moment qui chauffe les neurones est parfaitement en harmonie avec l'ensemble du jeu, et s'intègre tant et si bien qu'il ne se remarque que par sa difficulté. Car en effet, la plupart du temps il est aisé de tracer la route au travers des chapitres, vu la logique de l'ouvrage, d'autres moments requièrent une attention toute particulière au moindre détail pour être compris. Mais comme c'est devenu coutume maintenant dans les jeux d'aventure "point & click" récents, il est possible d'afficher tous les éléments intéractifs à l'écran en appuyant sur la barre d'espace. Cela facilite (trop) grandement l'aventure. Mais que les joueurs aguerris ne s'y trompent pas, le jeu reste néanmoins peu évident à plusieurs reprises, et il arrive souvent qu'on ne sache pas trop par quoi commencer tant il y a de possibilités d'action ou de lieux à visiter. Les lieux rencontrés sont d'ailleurs fort variés et extrêmement soignés. La beauté graphique des fonds fixes met malheureusement en avant la rigidité des personnages 3D et quelques petites imperfections dans leur intégration. Mais un petit tour par les options (le raccourcis proposé dans le menu Démarrer de Windows, pas le menu des Options proposées en cours de jeu) permet, si votre ordinateur le permet, de passer d'une qualité médiocre à un affichage de qualité supérieur qui en met plein la vue (personnellement, j'ai opté pour une résolution 1920/1080 et les détails poussés au maximum).

Le système narratif du jeu est parfaitement fluide, et l'on prend plaisir à alterner les deux personnages principaux, profitant des capacités de chacun d'eux pour en découdre quant aux mystères de plus en plus violents qui s'acharnent autour des expériences de David Styles. Afin de ponctuer les grands moments de l'histoire, des cinématiques étranges parsèment le jeu : dans un style crayonné, entre l'estampe et dessin au crayon gras, l'esthétique de ces cinématique peut rebuter les amateurs d'une 3D léchée à la Blizzard ou SquareEnix. Mais le budget du jeu, dérisoire en comparaison avec les grosses productions, ne permettait pas un gros travail CG ("Computer Generated") : le choix d'aborder la narration par des séquences fixes en multiplans peut surprendre au départ, mais cela finit par s'intégrer parfaitement au reste du jeu. Gray Matter réussit le tour de force de mélanger intelligemment et efficacement les diverses méthodes graphiques (2D CG des décors, Full 3D des personnages, 2D multiplans des cinématiques), chacune apportant une esthétique qui complète l'ouvrage de façon artistique.

Toute l'histoire se déroule en Angleterre. Si la demeure de David Styles est excentrée sur la carte, l'essentiel des autres lieux se situe à Oxford. Le soucis de reconstitution des lieux réels est d'ailleurs toujours aussi remarquable dans les jeux de Jane Jensen : ici, le centre ville d'Oxford avec sa Tour Carfax, l'université, la bibliothèque, les résidences universitaires, tout est modélisé avec finesse et devient parfaitement reconnaissable pour tout connaisseur des lieux en question. L'essentiel gravite d'ailleurs autour de l'univers estudiantin d'Oxford, tant avec le petit groupe des "Lamb's Club" (les étudiants principaux au centre des expériences du neurologue), que les divers lieux. De nombreux autres éléments réels viennent cristaliser la crédibilité du monde de ce jeu, comme le "Daedalus Club", un club privé anglais de Londres qui regroupe depuis 1861 des hommes de part leur éducation, niveau d'études et compétences particulières. En revanche, aucunement fermé à la gente féminine dans le jeu (une revanche de l’écrivaine ?), il est principalement orienté magie/prestidigitation. Ce club constitue d'ailleurs dans Gray Matter une enquête parallèle aux recherches de David Styles, un défi initiatique afin de permettre à Samantha d'y entrer.

Question magie, il arrive assez régulièrement que Samantha doive utiliser ses "talents de prestidigitatrice" afin d'obtenir des informations ou objets détenus par d'autres personnages. Sur un principe qui se veut novateur, l'on fait face à des manipulations de magie sommaire, via un petit manuel de tours de passe, qui manquent profondément d'intérêt. Probablement imaginés pour être de vrais challenges de type "casual" comme on peut en rencontrer dans les jeux d'aventure comme "Mozart" ou "Mata Hari", ces moments ont dû être simplifiés afin de ne pas rebuter le joueur habituel : ils sont donc relativement insipides, dirigistes, mais durent heureusement bien peu de temps. Il n'amènent aucun élément final plus intéressant qui puisse justifier leur existence : il s'agit bel et bien d'un des rares éléments (le seul ?) raté du jeu que bien des joueurs ont très moyennement apprécié. Ils imposent d'ailleurs un passage quotidien à la boutique de magie/farce et attrape du centre d'Oxford, et d'un écumage soporifique des étagères dans le but d'acquérir aveuglément les articles qui sont achetables sur le moment. Tout ce qui se rattache de près ou de loin à ces tours de passe-passe reste linéaire ô possible et sans aucune saveur. Dommage.

Petite remarque : il est amusant de noter les très nombreuses références au cinéma dans ce jeu vidéo. Si ce n'est la chambre de l'élève réalisateur agrémentée d'affiches comme EraserHead ("A Razor Head" sur l'affiche) ou Pulp Fiction (avec d'étranges tentacules comme héritées d'un Pirate des Carraïbes ou 20 000 Lieux sous les mers), d'autres éléments du 7ème Art viennent parsemer les décors. De la banderole du Muséum semblant sortie de Jurassic Parc, en passant par la gravure "O'Neill" sur l'arbre du parc tirée de Stargate, l'affiche "I Want to Believe" de X-Files, l'allusion directe à Harry Potter et l'école Poudlard pour le réfectoire de l'université d'Oxford, la prise de vue de la tour de Dread Hill House tirée de "Vertigo" de Hitchcock, les "morceaux d'or" du "golden ticket" du Deadalus Club tirés de "Charlie et la Chocolaterie", la thématique très présente de "Alice aux Pays des Merveilles" dans la boutique dédiée et l'énigme du Lapin Blanc, ... Une dernière allusion cinématographique, après le générique de fin du jeu : une page de journal qui s'envole depuis le lieu-même du début de l'aventure Gray Matter et portant le titre évocateur "La Fiancée de Frankenstein". De quoi piquer la curiosité du joueur, et laisser songer à une hypothétique suite (ou dévoilant peut-être la thématique du prochain jeu de Jane Jensen) ? Affaire à suivre ..

VERDICT

Avantages

- Beauté. Tant dans l'histoire que les graphismes
- Ambiance mystérieuse et nostalgique par l'ambiance et la musique
- Scénario intrigant, mêlant deux enquêtes parallèles
- Diversité des lieux et des personnages rencontrés
- Jeu accessible à tous les joueurs, du candide au vieil aventurier

Inconvénients

- Les tours de passe-passe enfantins, linéaires et aucunement intéressants
- L'esthétique basique des cinématiques peut surprendre
- L'intégration des personnages 3D n'est pas toujours parfaite
- Dirigisme général qui peut faire tourner en rond pour un détail anecdotique qui manque
- Jeu entièrement en VostFr : seuls les menus et textes à l'écran sont en français.

Graphismes
4,5 étoiles
9.0 / 10
Superbes décors 2D. Mélanges esthétiques audacieux. Très réussi
Jouabilité
4,5 étoiles
9.0 / 10
Point & click classique irréprochable. La gestion de l'inventaire se fait intuitivement avec le clic gauche ou clic droit de la souris
Durée de vie
4,5 étoiles
9.0 / 10
25 heures environ. Bien plus court si le joueur "triche" avec des solutions sur Internet et l'option d'afficher à l'écran les zone intéractives
Bande Son
4,5 étoiles
9.0 / 10
Superbe. Le mari de Jane Jensen, Robert Holmes, nous enchante les oreilles par une musique parfaitement dans le ton
Scénario
4,5 étoiles
9.0 / 10
Belle histoire, avec rebondissements, mystères et magie. Une recette savamment étudiée qui ne peut que réussir
Note Globale
4,5 étoiles
9.0 / 10
Sans entrer dans les profondeurs de scénario qu'on aurait pu espérer, Gray Matter offre malgré tout un divertissement de très haute qualité. Tout est magnifiquement orchestré pour une balade au coeur de l'étrange. Le faux-semblant, l'illusion sont de mise, et chaque détail est présent pour augmenter l'immersion du joueur. Si parfois un petit sentiment de relâchement se fait ressentir, en quelques clics l'aventure reprend son souffle et transporte toujours plus loin. Rien n'est laissé au hasard, et si le début du jeu, premier chapitre qui campe les personnages et les lieux, est peu intéressant, les autres chapitres distillent avec efficacité les ingrédients qui suscitent grandement l'intérêt. Gray Matter est un Grand Jeu, comme un écho lointain des jeux cultes sortis fin des années 90, et qui montre bien que le genre du "Point & Click" est loin d'être à l'agonie. Adulé par des milliers de fans malgré son très jeune âge, il réussit à détrôner en quelques jours les autres jeux sortis en cours d'année 2010 pour leur voler la vedette sur la plupart des sondages officiels et amateurs. Et maintenant, j'avoue comprendre pourquoi ...
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