De tous les épisodes de Final Fantasy, le plus mémorable et le plus souvent cité reste, et restera sans doute un bon moment, le septième. Il est celui qui effectue le passage à une troisième dimension n'ayant fait de bien qu'à peu de licences, et reste pourtant, à bien des égards, un modèle, s'en sortant magnifiquement. D'aucun diraient même qu'il s'agit du meilleur de tous les Final Fantasy jamais sorti, inégalable, ce qu'il est difficile d'approuver ou désapprouver en restant totalement objectif, la série s'étant tout de même étoffée d'une immensité de galettes et cartouches depuis l'aîné sur Famicom. Mais il est vrai que ses qualités sont nombreuses, et qu'il est sans aucun doute l'un des J-RPG, si ce n'est LE, qui démocratisa le genre en dehors du territoire nippon. Tentons de comprendre cet engouement, et surtout d'apporter une réponse à cette question : Final Fantasy VII est-il le meilleur de la série ?
Le contexte

Pour bien tout comprendre, il faut se remémorer ces belles années. La période 1990/2000, qui vit se succéder pas mal de consoles et de séries grandioses, comme de jeux minables. En somme, ce fut un âge merveilleux pour le jeu vidéo, qui connu alors des avancées en grand nombre, et une hausse conséquente de ventes, amenant par la suite à des sorties plus fréquentes et à une politique plus capitaliste des constructeurs ; légèrement contrebalancé toutefois par beaucoup de titres trop moyens voire mauvais. L'innovation la plus ancrée dans les esprits reste tout de même
le passage à la 3 dimensions, après bien trop d'années de 2D, à laquelle les joueurs s'étaient habitués, logique ! Les consoles de cinquième génération déboulèrent alors en trombe dans les échoppes, envahissant la planète en moins de quatre ans, pour que, à terme, chaque foyer en possède une. Si la
Super Nintendo (
Super Famicom au Japon) et son «
mode 7 » proposait alors une sorte de
3D artificielle au rendu plus que pixelisé, et que le sixième opus de la saga
Final Fantasy était pourvu de séquences se servant habilement de cet outil, le passage à cette nouvelle génération de machines casse tout, de la baraque au dentier de la grand mère, avec de la véritable 3D ! La
Sega Saturn, la
Playstation de
Sony et la
Nintendo 64 (ce sont celles dont on se souvient le mieux et s'étant vendues en plus grand nombre, largement !) proposent alors l'innovation technique
la plus difficile à faire accepter aux joueurs. Difficile surtout de
leur faire comprendre son utilité ! Ce fût là une période ingrate et courte qui démarra, où
la 3D vacillait de « correcte » à « immonde », puis se stabilisa à un degré qui commença à s'améliorer doucement.

Et puis vint l'année
1997, propice aux grands événements, et il ne s'agit pas que de la sortie européenne de la
Nintendo 64.
Final Fantasy VII débarque sur
Playstation sur le vieux continent, et la foule se déchaîne déjà ! La critique spécialisée, alors encore à l'état d'embryon au vu du peu de magasines et de site, est unanime :
il s'agit d'un jeu magnifique, usant de la 3D avec brio ! Il allie des décors
pré-calculés, dessinés de mains de maîtres, à des animations en 3D et des
cinématiques époustouflantes ! Rarement on ne s'était autant émerveillé jusqu'alors devant un jeu vidéo, malgré un choix peu judicieux dans la création des personnages.
Super déformés ! Voilà comment on peut les appeler lorsqu'ils ne sont pas affinés et rendus plus réalistes en combat ou en cinématique. Ils sont
ratatinés,
grossis, et ce volontairement. Choix très étrange, bien que l'on puisse comprendre l'intention des développeurs de coller avec le design des anciens opus sur
Famicom et
Super Famicom, là aussi assez grotesque. Comment des personnages tout mignons et rigolos sont-ils censés nous conter une histoire se voulant complexe et un minimum sérieuse ? La question se pose naturellement lorsque l'on a touché à d'autres épisodes, même non ultérieurs. Car si le design des personnages était, sur les consoles n'usant pas de la 3 dimensions, aussi « déformé », cela était parfaitement compréhensible. Sur
Playstation, on a déjà vu beaucoup plus réaliste. Si certains insistent sur leur
ressenti négatif vis-à-vis de ce choix, il sera indéniable des années plus tard que
c'était l'un des détails qui faisaient, et font encore, le charme de cet opus.
L'épopée vers la magnificence !
Final Fantasy VII n'est pas le plus beau jeu de la
Playstation, il sera surpassé par ses successeurs, mais sa
grande qualité visuelle est, lors de sa sortie, assez impressionnante. A commencer par une
cinématique d'introduction magnifique, plongeant le joueur dans un
décor sombre mais invraisemblable de détails :
Midgar !
Squaresoft, devenu
Square Enix depuis, était bien décidé à prouver sa capacité à décoller la rétine du joueur avec de simples vidéos. Outre leur qualité graphiques,
elles brillent par leur découpage, très cinématographique et immersif. Certes, les opus suivant le surpassèrent largement, ne serait-ce qu'au niveau des détails, sur ce plan, mais l'équipe de développement s'est tout de même débrouillée pour que
Final Fantasy VII vieillisse le mieux possible. Pour cela, rien de tel que de bons vieux décors
pré-calculés, dessinés de mains de maîtres. Cela ne vieilli quasiment pas, on ne peut pas les regarder, même avec des années de recul, le sourire moqueur animant notre visage. Cela permet de surcroît au titre d'être
fourmillant de détails. Dommage toutefois que ces mêmes détails appréciables, soient la cause d'
un certain fouillis dans bon nombre de tableaux, empêchant purement et simplement de se repérer correctement. Il n'est pas rare que l'on ne sache pas où aller en entrant dans un nouveau lieu, les
entrées et sorties étant souvent dissimulées par des débris ou autre afflux de détails. Heureusement, il suffira d’appuyer sur la touche
Select pour que des flèches rouges nous indiquent les passages. On ne déplorera alors qu'
un souci d'immersion, ces flèches n'étant bien évidemment pas très bien insérées dans les tableaux.

Par delà ses décors
pré-calculés magnifiques,
Final Fantasy VII est doté d'
environnements très variés, aux ambiances très différentes. Qu'il s'agisse de donjons, de villes ou simplement de la carte, chacun des lieu est différentiable. La palette de couleurs est maîtrisée à la perfection ; un unique coup d’œil permet de savoir où l'on se trouve,
chaque lieu étant vraiment à part dans sa construction et sa pigmentation. La map, sur laquelle il faudra voyager de lieu en lieu, est fondue dans
une 3D pixelisée mais tout de même
impressionnante de stabilité pour l'époque. Les gros
problèmes de caméra flirtent avec une sorte de
clipping empêchant de voir au loin, mais on avait alors vu bien pire sur la
Playstation, et surtout rarement on avait eu quelque chose d'aussi
joli et coloré en face de nos yeux ébahis. En combat, c'est la même constatation.
Le moteur 3D utilisé est très stable, l'image ne souffre de rien de plus que
quelques pixels peu esthétiques par moments, mais rien de grave toutefois, puisque nous sommes en
1997 ! Le seul réel problème subsistant durant les phases d'affrontement reste
la caméra, qui n'en fait qu'à sa tête. Parfois elle sera calme et suivra l'action au mieux, mais il arrivera souvent qu'
elle se place n'importe comment, empêchant une visibilité correcte de la bataille. On est un peu étourdi par ces déplacements étranges de sa part, et on a quelques fois du mal à se repérer à la vitesse qu'il faudrait lorsque le moment est venu de commander nos hommes. Enfin, toujours en combat, les personnages sont très reconnaissables, leur corps comme leur visage étant très bien modélisés. Dommage que ces derniers soient insérés de manière un poil douteuse dans les décors.
Save the world !

De
Final Fantasy, outre une technique graphique à chaque fois plus impressionnante, on retient une
histoire grandiose, et des
personnages touchants. Évidemment, c'est aussi, et surtout, le cas de
Final Fantasy VII, qui nous transporte dans un
univers d'une immense richesse. C'est d'ailleurs la partie la plus marquante de cet épisode, qui fit pleurer bon nombre de joueurs devant leurs téléviseurs, lors de scène clés, dont une mythique que je me garderais de révéler à ceux ne l'ayant pas terminé.
Chaque personnage est unique, son histoire propre est très développée et poignante, et surtout elle ne cesse de s’accroître dans le même temps que la trame principale. Il est question dans un premier temps de
Cloud (Clad dans la version Française), un ancien membre du «
SOLDAT », devenu simple mercenaire pour le compte d'«
AVALANCHE », une organisation éco-terroriste ayant pour but de détruire les
réacteurs Mako, tuant la planète à petit feu si l'on en crois les paroles de ses membres. Après avoir été démantelée bien malgré elle,
AVALANCHE va continuer de vivre à travers ses deux survivants, ainsi que
Cloud et les nouveaux venus dans l'équipe, qui vont tout faire pour détruire chacun de ces réacteurs, extracteurs de l'énergie
Mako, et par la même sauver la planète et la vie de leur nouvelle amie :
Aerith (Aeris dans la version Française), précieuse. Si dans ses débuts, l'histoire de ce septième opus
semble assez enfantine et naïve, très vite elle s'étoffe d'
un grand nombre de personnages, grandissant au fur et à mesure que l'aventure se poursuit, et
la trame devient de plus en plus sérieuse, mature.

Si à l'heure actuelle, la narration de
Final Fantasy VII n'est pas au top, à l'époque elle est innovante et palpitante. Les
deux heures (rien que cela !) de cinématiques introduites en jeu viennent soutenir de
très nombreux dialogues, pas toujours captivant mais faisant à chaque fois avancer l'intrigue suffisamment pour mériter une attention suffisante. L'histoire devient de surcroît
plus cinématographique qu'auparavant, avec un
découpage plus dynamique que ce fut le cas dans les épisodes antérieurs. Mais il n'y a pas que sa construction scénaristique qui évolue. Avec elle, c'est l'
univers qui innove,
délaissant le cadre plus ou moins médiéval pour se concentrer sur une
véritable époque futuriste, très proche de la
science fiction, couplée à des éléments
fantastiques. Un élan de fraîcheur se dégage de ce changement appréciable, et avec, un
regain de sympathie, après six épisodes se ressemblant un peu trop. Le seul défaut à décrier au sujet de cette version Française est
la traduction, tout bonnement atroce !
(le mot est faible !) De
Cloud dans la version anglaise, on est passé à
Clad, et de
Aerith on est passé à
Aeris. Pas que cela soit vraiment dérangeant, mais il ne s'agit pas des seuls défauts de traductions,
j'en passe et des meilleurs.
Chaque dialogue en a son lot ! Voilà qui n'est pas très pratique pour la compréhension globale de l'histoire, le résultat étant bien
trop hésitant pour que l'on réussisse à tout percevoir parfaitement. Si vous avez un niveau d'Anglais suffisant pour arriver à assimiler correctement l'histoire dans cette langue, alors mieux vaut pour vous que vous jouiez à la version anglaise ! La précaution n'est pas de trop !
Classique mais efficace

Bien qu'
assez classique, la faute à un âge certain, le système de combat de cet opus est
très intéressant. Il conserve la plupart des poncifs acquits au cours des dix années précédentes par la série, tout en ajoutant son petit grain de sel plaisant. Les magies sont maintenant appelées «
Matéria ». Il s'agit de boules de couleurs dont il faudra s'équiper pour pouvoir profiter de leurs effet, en les insérant dans les fentes incluses dans les armes et équipements. Chaque
Matéria équipée de la sorte diminuera un tout petit peu la puissance d'attaque au corps à corps de son possesseur, mais lui permettra d'utiliser son pouvoir. Il peut s’agir d'un pouvoir d'attaque, de protection, de soin, d'une invocation, ou même d'un bonus. Une
Matéria est un peu comme une personne dans
Final Fantasy VII. Elle gagne de l'expérience, nommée « AP », la faisant monter en niveau et en puissance lentement mais sûrement. Il faudra bien y faire attention, car très vite on aura besoin de magies plus puissantes pour rivaliser avec les adversaires, de plus en plus forts et résistants à mesure que l'on avance dans l'histoire. Comme dans les opus précédents, l'utilisation de l'une d'entre elles coûte un certain nombre de MP, variable selon le pouvoir dégagé.
Le système de Job n'existant plus, il faudra nous même faire en sorte que nos personnages possèdent des capacités variées, pour ne jamais être surpris en combat, tout en gardant à l'esprit que certaines
Matéria ne sont pas utilisables par certains compagnons. Cette disparition est
quelque peu déplorable, car les différences entre chaque en deviennent minimes ; seules les caractéristiques de base et l'équipement les rendront dissemblables.

Existant depuis
Final Fantasy IV, la
jauge ATB, permettant d'effectuer les actions en semi-temps réel pendant les combats, est de la partie dans cet épisode. Elle sera d'ailleurs personnalisable. Si l'on trouve que les affrontements sont trop lents ou trop rapides, un petit tour dans les options permettra de
changer sa vitesse. Véritable poncif là aussi, les invocations seront très nombreuses dans cet épisode, et toutes les obtenir représente un véritable challenge de maître ! Il existe toujours le système de positionnement sur le plateau, permettant de recevoir plus ou moins de dégâts et/ou d'en infliger plus ou moins au corps à corps/magie. Passons maintenant aux nouveautés, dont la première est le
passage à trois personnages en combat, changeant complètement la manière de les voir et de les surmonter. On trouve le nouveau système de «
Limite », qui s'apparente à une attaque spéciale se débloquant lorsque la jauge correspondante est remplie. Il en existe là encore beaucoup, et les trouver toutes ne sera pas une partie de plaisir ! Il arrivera parfois que l'on se fasse attaquer par derrière, voir même que l'on soit cerné, des ennemis devant et derrière. Cela rend les
phases d'affrontement très variées, car il faudra s'adapter à la position de l'adversaire pour agir en conséquence.
Final Fantasy VII n'est pas le plus difficile de la série, mais sa démentielle richesse dépassant largement celle des opus précédents oblige tout joueur voulant le terminer à 100% à réaliser moult quêtes optionnelles, plus complexes que l'aventure principale.
This is the end !
Faire un tour exhaustif de Final Fantasy VII prendrait un temps fou tant il est riche ! Un test, aussi long soit-il, n'arriverait pas à lui rendre correctement hommage. Ce jeu de rôle merveilleux, long, beau, empli d'émotions, restera gravé à jamais dans la mémoire des joueurs. Il sera à tout jamais l'épisode qui fit passer la série de Square à un nouvel âge, celui de la 3D ; mais aussi qui abandonna le médiéval-fantastique pour se concentrer sur une époque futuriste. Il est l'épisode favori de beaucoup de fans pour de nombreuses raisons légitimes, dont la première est son système de Matéria très complet et intéressant. Son histoire en fait aussi partie, avec son lot de rebondissement, et surtout l'empathie qu'elle arrive à créer chez le joueur, qui s'identifie sans difficulté aux personnages. De là à le qualifier de meilleur opus de la saga, il y a un pas que vous déciderez de franchir ou non, cette idée étant particulièrement subjective. Objectivement en tout cas, si l'on prend la version française du titre et sa traduction calamiteuse, ce n'est pas le cas !