Alors qu'un scientifique rustre et déchu, Bent Svensson, vit oublié de tous dans sa petite campagne, une jeune femme, Fay, fait irruption dans son antre et tente de l'embrigader dans ce qui semble un profond délire : venue du futur, elle aurait été envoyée en 2008 pour aider ce scientifique à reprendre du service. Il aurait en effet mis au point une source d'énergie alternative écologique qui aurait tout pour sauver la planète, en remplaçant définitivement toutes les centrales nucléaires du monde : l'algue bleue. Mais dans le monde du futur, Bent n'a pas eu le temps de mettre à profit ses recherches car les dégâts polluants que l'Homme ont fait à la Terre sont bien trop importants. Villes en ruines, la surface terrestre devenue inhabitable, l'Homme du futur ne peut que vivre en sous-sol, et sa misérable survie touche d'ailleurs à sa fin face à une éruption solaire qui va tout réduire en cendres. Revenue dans le passé, l'aventurière du futur n'a pas d'autre choix que de forcer Bent à la suivre pour empêcher une catastrophe imminente : une centrale nucléaire va bientôt exploser en pleine forêt amazonienne, anéantissant une très grande partie du poumon de la planète. L'aventure commence alors, pour le pire et le meilleur.

Disons-le tout de suite : le côté écolo est plus que lourd en début d'aventure. "Caricatural" est bien peu dire : c'est même "complètement à côté". L'on se demande alors si acquérir un tel jeu était une si bonne idée, surtout que le prix est celui des jeux professionnels les plus récents. La pilule amère du choc avalée, l'aventure commence, avec des bonnes surprises et de bien moins bonnes. C'est d'ailleurs le coeur du problème de ce jeu vidéo : il propose les deux extrêmes, ce qui divise inexorablement les joueurs qui, soit adorent, soit détestent. Question catastrophe, en revanche, tout le monde se rejoint sur la calamité des voix françaises. Rien, absolument rien, ne peut sauver le travail passé par les comédiens de doublage. Les dialogues, pas toujours très passionnants et bien trop souvent vulgaires et déplacés, sont atrocement empirés par des voix totalement à côté, sans expression, ou pire avec une intonation diamétralement opposée à ce qu'on peut attendre dans les circonstances.

Si le joueur espère trouver un tant soit peu d'immersion dans cette aventure, il devra en priorité passer par le menu des options ... Car on peu heureusement compter sur le flair aiguisé des concepteurs allemands : permettre dans le menu des options de couper les voix dans le jeu (les sous-titres sont activés par défaut et permettent de suivre l'ensemble du jeu vu qu'ils sont présents pour la moindre des interactions). Comme s'ils avaient pressenti le carnage des voix françaises. Sans cette possibilité, il aurait été indispensable de couper le son général du PC, et donc de perdre la beauté des musiques de fond, superbement réussie et parfaitement dans l'ambiance. Les bruitages sont, eux-aussi, réussis et participent à une meilleur immersion du joueur. Vraiment un malheur que ces voix françaises, qui plus est que la qualité technique de l'enregistrement est pourtant excellente, mettant hélas en relief le grand manque de motivation et conviction des acteurs. Attention, couper les voix du jeu ne les coupera pas, malheureusement, celles des cinématiques. On aurait pu espérer un travail plus réussi du doublage dans ces phases importantes de ponctuation de la narration, mais cela reste mauvais de bout en bout.

Autre point sombre : les animations des personnages et leur esthétique. Vulgairement détourés, aux mouvements/directions très limités, rigides, saccadés, affreusement zoomés à certains moments du jeu, ces personnages manquent profondément de finesse et ne s'intègrent pas avec brio dans les décors. Le moteur de programmation utilisé, limité dans ces domaines de fluidité, a déjà montré ses faiblesses dans Les Chroniques de Sadwick. Un côté amateur qui fait mal aux yeux, et qui demande quelques efforts pour ne plus être remarqué. Avec un côté moralisateur, des voix françaises ratées, A New Beginning commence mal, très mal. Bien des joueurs n'auront même pas franchi l'étape du "Prologue", court mais qui se paye le luxe d'être aucunement intéressant. De quoi être rebuté par les défauts et sans pouvoir découvrir les innombrables qualités de ce jeu. Car en effet, tout n'est pas que pur "ratage", loin de là, et peu à peu, la qualité du travail original fourni se fait sentir, tant dans les décors, le scénario, la narration, les situations diverses, les concepts traités, les énigmes, ... Un jeu qui illustre à la perfection ce qu'est un crescendo qualitatif.

Autre sujet douloureux : les bugs. Si j'ai eu le bonheur de n'en rencontrer absolument aucun, il est en revanche très fréquent d'y être confronté, à lire les divers propos sur Internet (quoi qu'il reste toujours plus naturel de rencontrer les avis de joueurs mécontents qui se plaignent de se sentir lésés, que de lire les avis de joueurs satisfaits qui ne voient rien d'anormal au bon fonctionnement d'un jeu). Entre les retours soudains sur le bureau, les freezes qui bloquent toute action du PC, les écrans noirs qui forcent à tout redémarrer à l'arrache, la perte inexpliquée des sauvegardes, ... Bien des joueurs ont semble-t-il dû abandonner l'aventure suite à des soucis techniques désastreux. Ces bugs existent donc, et suivant la configuration des ordinateurs, peuvent se manifester ou non. Jusqu'alors aucun patch n'est sorti/prévu. Il est étonnant en revanche de découvrir que bien peu d'allemands ont souffert de bugs : à croire que la version française n'est pas à montrer du doigt que pour son atroce doublage audio ...

Bref, si dès le début de l'aventure le joueur incarne Bent, le scientifique profondément antipathique, il va vite découvrir qu'il pourra aussi contrôler la jeune et naïve Fay, et passer de l'autre côté du miroir narratif. Chacun de ces personnages a sa façon de faire, ses aptitudes, et l'on change d'avatar selon des divers besoins des chapitres du jeu. A New Beginning possède une huitaine de chapitres, de plus en plus longs et complexes. Les décors, toujours très aboutis, sont extrêmement variés, logiques dans leur structure, très agréables à regarder. Le gameplay, fondé uniquement sur le clic gauche de la souris, fait apparaître diverses options en maintenant le bouton enfoncé, et offre au joueur une sensation d'immersion réussie. L'inventaire est classique, comme tout Point & Click, ce qui permet au joueur de ne focaliser que sur l'aventure sans se prendre la tête avec 1001 touches ou autre subtilités qui seraient inutiles dans un tel jeu. Quant à la narration générale, une bande-dessinée animée, elle est initialement déconcertante par l'originalité de sa présentation, mais gagne en efficacité par ce traitement dynamique. Finalement, on se prend très vite à ce système de cinématique qui devient un élément moteur du jeu que l'on attend avec plaisir.

Le scénario, quant à lui, regorge de sujets classiques mais intelligemment mis en valeur : écologie, magouilles, duperies, catastrophes naturelles et explosion de centrale atomique ... des thèmes qui sont plus que jamais d'actualité, et qui sont ici traités avec simplicité mais maturité. Au travers un scénario de plus en plus varié et abouti, le joueur traverse maints lieux et fait maintes rencontres qui donnent relief à un départ pourtant très peu prometteur. Des énigmes vraiment bien pensées, des concepts très originaux, des situations logiques et abracadabrantes à la fois : de quoi passer de belles heures à se divertir sur un titre de qualité qui possède des vertus morales intéressantes. Et si le début de l'aventure fait vite froid dans le dos par son côté écolo caricatural, tout le reste du jeu est vraiment de très bon ton, crédible, intrigant, ...
Si ce jeu propose une histoire faisant traverser lieux et époques, les énigmes quant à elles ne sont pas en reste. Dignes de certains jeux à la Lucas Art, elles s'intègrent avec subtilité dans les univers traversés, et deviennent partie intégrante des situations rencontrées. Malgré cela, certains moments plus difficiles à comprendre que d'autres proposent l'option de "passer l'énigme" via une icône en haut à droite si l'on reste bloqué quelques minutes sans s'en sortir (ou se donner les moyens de le faire). Je conseille aux joueurs de persister à découvrir par eux-mêmes quoi faire, mais s'il se sentent totalement dépassés ils savent qu'ils peuvent toujours poursuivre l'aventure. De même, les interactions possibles avec les objets du décors peuvent être affichées à l'écran en appuyant sur la barre d'espace. Aucun objet/commentaire prévu ne peut alors échapper au joueur "barredespaço-maniaque". Là-encore, je conseille d'utiliser ce gadget avec parcimonie, car cela réduit considérablement la phase d'exploration/recherche, nuisant avec désastre à la durée de vie du jeu. Mais cela met malgré tout A New Beginning à la portée de tout un chacun, du plus "cérébralement démuni" au plus acharné de la prise de tête.