Souvenez-vous, été 2001, Max Payne secouait mollement le monde vidéoludique avec l'apport d'un élément de gameplay inédit, le bullet-time. Comprenez la faculté Néoesque de ralentir le temps tout en évitant avec légèreté quelques essaims de balles. Beaucoup d'éditeurs se sont ensuite engouffrés dans la brèche de ces jeux d'action avec plus ou moins de succès. On reprochait en effet souvent à ce type de jeux d'être trop répétitifs et donc lassants à la longue. La touche next-gen aura-t-elle su redonner un petit souffle d'air frais au genre à travers le dernier né des MaxPayne-like?

Tout d'abord, pour attirer l'attention sur son jeu , Midway, qui l'édite, a su bien s'entourer. Prenez deux superstars du cinéma Hong-Kongais, John Woo derrière la caméra et Chow Yun-Fat devant et voilà déjà un petit cocktail détonnant d'action qui se prépare.
Stranglehold se veut en effet la suite spirituelle de
Hard Boiled, ou
A toute épreuve en français, un des meilleurs films du réalisateur en question qui avait justement confié le rôle principal de l'inspecteur Tequila à Chow Yun-Fat (
Tigres et Dragons), qu'on dit être son acteur fétiche. Le bougre a donc été scanné de long en large afin de pouvoir utiliser son clone tout en vrais polygones qui croustillent sous la langue. Autant dire que la ressemblance est assez frappante, les connaisseurs retrouveront sans mal les expressions de l'acteur ainsi que ses petites pattes d'oie si caractéristiques. John Woo, quant à lui, a participé activement à l'élaboration du jeu, éclairant de ses conseils avisés de grand maître du
gunfight les développeurs de Tiger Hill Games. Tout semblait donc dès le départ réuni pour faire de
Stranglehold un jeu gorgé d'action destiné à dépoter veugra.

Le jeu suit donc le modèle de son grand frère cinématographique. Tequila fait partie de ce genre de flics au sang chaud qui entendent bien éradiquer le crime organisé à grands coups de fusil à pompe bien placés. Ses armes de prédilection restent toutefois deux flingues bien calés dans chaque main qui en l'espace de quelques plongeons ont tôt fait de transformer votre joli petit intérieur en paysage d‘apocalypse. Vous l'aurez compris, l'action demeure le maître de mot de ce jeu qui se résume en une succession de niveaux où foisonnent des tas de mafieux armés jusqu'aux dents. Et autant dire que les développeurs, chapeautés par leur maître, ont mis la dose pour nous en mettre plein la vue. Le jeu opte logiquement pour un gameplay façon
Third Person Shooter, les habitués prendront donc très rapidement leurs marques et pourront bénéficier d'une jouabilité plutôt bien dosée. Les idées ne manquent pas pour rendre toutes ces tueries palpitantes, plongez, glissez gracieusement du derrière sur les éventuelles tables, utilisez un chariot comme véhicule provisoire et filez à l'occasion quelques mandales assassines dans les gencives de ces malfrats tout en ralentissant le temps à volonté, on sent bien que tout a été fait pour que le joueur ne s'ennuie pas. Les environnements sont par ailleurs presque totalement destructibles ce qui confère au tout un dynamisme rarement atteint dans ce genre de jeu. Les éclats de bois volent, les bombonnes de gaz explosent, les enseignes lumineuses tombent et s'écrasent sur la tête de vos ennemis, les pastèques éclatent, le tout avec une physique très réaliste (qui ne me surprend plus mais qui ne me lasse pas!) accompagnée d‘effets sonores plutôt immersifs, voire franchement envahissants si vous jouez en
surround. Cette interaction avec le décor est d'ailleurs souvent utilisée pour vous débarrasser plus facilement de vos ennemis (on a beau dire mais une belle avalanche de rochers est bien plus efficace que quelques cartouches, même bien placées!).

Bref, on s'immerge sans mal dès les premières minutes de jeu dans cette belle boucherie et le moins qu'on puisse dire est qu'on prend son pied ! Le lot d'armes proposées, classique, apporte les petites nuances nécessaires au gameplay tandis que quelques attaques spéciales très cinématographiques rafraîchissent ponctuellement l'action. L’une d’entre elles, qui consistent à ralentir le temps et à zoomer pour pouvoir tirer avec précision, met en valeur le gros travail qui a été fait sur la localisation des dégâts sur les ennemis, le summum du raffinement étant tout de même de viser la gorge pour ainsi voir son adversaire s’écrouler tout en essayant, en vain, de stopper l’hémorragie (je regrette personnellement qu’il soit impossible de dégommer les oreilles. Quoi sadique?).

L'écueil de l’ennui n'est toutefois pas loin. Même si les développeurs ont su faire preuve d'un souci du détail impressionnant, certaines phases sont vite redondantes. On plonge d'un côté, puis de l'autre, on se soigne puis on repart à l’assaut. Le principal objectif est la plupart du temps de dézinguer tout le monde tout en avançant dans le niveau et en effectuant quelques actions clefs (poser des bombes à des emplacements déterminés, détruire quelque chose la plupart du temps). Bref, on reste dans la tradition du
shoot’em all (le terme me parait approprié) et donc de sa linéarité absolue. Les 7 niveaux, proposant chacun une ambiance bien distincte, évitent toutefois que la lassitude ne s’installe. Les décors proposés incitent la plupart du temps à la destruction totale. Des rues malfamés au salon de thé, tout en passant par le Muséum d’Histoire Naturelle, vous aurez largement de quoi assouvir vos pulsions annihilatrices. La réalisation est dans l’ensemble excellente mais notez toutefois que quelques bugs graphiques, parfois assez gênants pour l’avancement du jeu, subsistent et pourront vous ralentir si ce n’est pas carrément votre console qui freeze soudainement (première fois). Au final, un joueur expérimenté mettra environ 7h pour voir se dérouler le générique de fin et quant au mode multijoueur, je dois avouer que je n’ai même pas pris le temps de l’essayer ! Mais à en juger par l’attitude de l’éditeur qui, lors de la présentation du jeu, n’avait même pas daigné nous en dire un mot, celui-ci ne doit pas être des plus palpitants et pèche surtout par l‘absence d’un mode coopération.

Pour conclure,
Stranglehold est bien à l’image des films de John Woo. C’est un concentré d’action pure et de
gunfights de folie. C’est l’amour de la pyrotechnique, des douilles qui roulent et des intérieurs qui volent en morceaux. C’est aussi le souci du détail et les flots d’ennemis infinis. C’est peut-être aussi pour certains la saturation. On pourrait dire que trop d’action tue l’action et que les explosions et tueries incessantes pourraient avoir raison de la patience du joueur moyen. Il est clair que cette certaine redondance dans le gameplay en rebutera certains mais pour les autres, qui cherchent un jeu immédiatement abordable et dynamique, l’achat se révèlera justifié, d’occasion de préférence au vu de la durée de vie franchement limitée.
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